La presse étrangère s’inquiète de la politique “quasi autoritaire” du président Macron

Après son titre de “champion de la terre”, Emmanuel Macron semble estimer pouvoir garder une image séduisante dans la presse étrangère en Europe et ailleurs, aux quatre coins du monde. Or, il en est bien loin. Depuis la répression féroce qu’il a lancée contre son propre peuple vêtu de Gilets Jaunes, qui aurait pu faire penser à la répression contre la commune de Paris par Adolphe Thiers, son image est bien détériorée. Macron n’est pas vu comme le héraut de la régulation du capitalisme et de la liberté d’expression. Bien au contraire.

Dans la presse étrangère il a plutôt l’image d’un dirigeant autoritariste qui « braconne théoriquement et symboliquement sur les terres du Rassemblement national » en vue de sa réélection en 2022, et qui rejoint ainsi la cohorte de ceux qu’il prétend combattre, tels Orbán, Trump etc. 

Loi Sécurité globale qui empêche de filmer la police

Le récent projet de loi sur la sécurité globale, dont l’article 24 criminalisant la diffusion d’images de policiers, a achevé d’écorner l’image de ce président.

En Belgique, par exemple, la RTBF, radio-télévision publique, dénonce un texte « dangereux » et une « atteinte grave au droit de la presse ». Outre-Atlantique, le Washington Post parle de « l’indignation » des journalistes français, mais aussi des « défenseurs des droits de l’homme », dont la Défenseure des droits française, l’ONU et Reporters sans frontières.

group of people in black jacket standing near white concrete building during daytime
La gendarmerie française lors d’une manifestation à Paris – DR

Voici ce qu’on pouvait lire dans les pages du Washington Post : « Alors qu’Emmanuel Macron a vanté son pays comme étant au premier rang des défenseurs de la liberté d’expression, les journalistes français condamnent ce qu’ils considèrent comme une atteinte à la liberté de la presse dans leur pays », ajoutait jeudi le quotidien américain dans un second article, rappelant en outre que le président avait promis de défendre la liberté d’expression lors de son hommage au professeur assassiné Samuel Paty… il y a quelques jours à peine !

« Le président de la République se présente comme le champion de la liberté de la presse dans le monde musulman, souligne dans le Washington Post Dov Alfon, directeur de la rédaction de Libération et ancien rédacteur en chef du journal israélien Haaretz. Il explique à l’étranger que la France est supérieure, ou du moins a des idées culturellement supérieures, car ici il y a des lois qui garantissent la liberté de caricature, d’exprimer une opinion, d’analyser et d’informer. Mais de retour en France, il permet à ses ministres de proposer des lois qui ressemblent à celles des pays qu’il vient de critiquer. »

La presse internationale est interloquée par le désormais célèbre article 24 du projet de loi, adopté par l’Assemblée nationale vendredi. La Libre Belgique souligne qu’il va punir « lourdement » (jusqu’à un an de prison) la diffusion d’images d’un policier ou d’un gendarme en intervention lorsque celle-ci a pour but de porter « atteinte à son intégrité physique ou psychique ».

Le quotidien britannique The Guardian pointe le flou de cette définition et le risque que poserait une interprétation trop large par les tribunaux. Alors même que « le couteau de la sécurité globale coupe dans les deux sens », réduisant le droit des citoyens à diffuser les images, mais accordant à la police « plus de pouvoir pour utiliser les images des drones et des caméras », souligne le journal néerlandais De Volkskrant.

La Libre Belgique redoute une volonté de la France et de son président de « camoufler les violences perpétrées par certains policiers ». « Comment est-il possible de démontrer les violences policières sans filmer les policiers ? », se questionne De Volkskrant.

 © Capture d'écran El Pais

Les nombreux journaux étrangers qui se sont penchés sur le sujet rappellent les nombreux cas de violence exercée par les forces de l’ordre lors des manifestations des gilets jaunes. Ces violences suscitent en France « un mouvement d’indignation croissant », écrit le site américain Politico, tandis que le quotidien espagnol El País souligne que de nombreux cas de violences policières « étaient basés sur des images diffusées sur les réseaux sociaux »

Le 6 janvier dernier, bien avant la polémique sur la loi sécurité globale, le quotidien néerlandais NRC Handelsblad s’inquiétait lui aussi de la « pression croissante sur la presse française ». Le journal citait les menaces de mort que continuent de recevoir les journalistes de Charlie Hebdo, mais aussi la rétrogradation de la France à la 32e place du classement de Reporters sans frontières (RSF) sur la liberté de la presse à cause des violences exercées par la police contre les journalistes lors des manifestations des « gilets jaunes », ainsi que la convocation de plus de dix journalistes français par la DGSI (les services secrets intérieurs), dont le journal Disclose, pour avoir publié des informations couvertes par le secret défense, comme nous l’apprend Mediapart. 

Cela ne se limite pas à Macron. En effet, la presse européenne a été également choquée par les déclarations du ministre de l’intérieur Gérald Darmanin, lorsqu’il a indiqué il y a quelques jours, après l’arrestation d’un journaliste de France 3 lors d’une manifestation contre la loi sécurité globale, que les reporters devraient désormais s’accréditer pour couvrir les manifs. « Des journalistes n’auraient donc plus le droit de faire le boulot », s’indigne la RTBF. Une mise en péril certaine pour la liberté est donc une évidence pour les journalistes de tous les pays européens, américains, et d’ailleurs sur la planète.