Après l’explosion, une question est née : le liban est-il une décharge de l’Europe ? (VIDEO)

Dès que cet événement tragique a eu lieu, ce 4 août, l’explosion dans le port de Beyrouth a choqué la planète entière, au vu de sa puissance. Elle est apparemment due à la présence dans un entrepôt de 2 750 tonnes de dangereux nitrate d’ammonium. Mais ce que beaucoup ignorent, c’est que le Liban est traité depuis longtemps comme une décharge de substances toxiques par un certain nombre de pays d’Europe. Certains analystes appellent aujourd’hui l’Europe à assumer ses responsabilités. “On ne peut pas critiquer le Liban d’un côté et envoyer de l’autre ses déchets toxiques dans ce petit pays du Moyen-Orient”, dit par ailleurs le journal China.org, journal qui a ses positions qui sont les siennes, par ailleurs.

Cette explosion qu’on peut attribuer à une gestion négligente de matières dangereuses rappelle le scandale des déchets toxiques qui avait secoué l’Italie il y a une trentaine d’années. Comme les journalistes de French China l’ont rappelé : “le journal allemand Frankfurter Allgemeine Zeitung du 5 mai pointe du doigt, en toile de fond de l’incident, les milices libanaises qui gagnaient de l’argent en stockant des déchets toxiques, avec la participation d’entreprises européennes“. Ce journal allemand souligne en effet la découverte par Greenpeace en 1995 du transport d’Italie vers Beyrouth de 16 000 tonnes de déchets hautement toxiques par des cargos tchèques entre septembre 1987 et juin 1988. “Il y avait eu non moins de 6 000 tonnes étaient ensuite retournées en Italie, mais les 10 000 tonnes restantes avaient été enterrées dans les massifs montagneux du Liban. L’ONG avait également dénoncé une « bombe à retardement écologique » suite à la découverte de milliers de tonnes de déchets toxiques dans les communautés résidentielles de Beyrouth“, peut-on lire.

Pour rappel, voici l’explosion qui a eu lieu à Beyrouth, le 4 août.

French China déclare, après avoir investigué dans divers médias européens que la version française du site d’information Middle East Eye a révélé ceci : “le transport des déchets toxiques italiens avait été réalisé avec l’autorisation des forces armées libanaises, qui avaient le contrôle du port et avaient reçu un paiement de 20 millions d’euros“. Et il ajoute : “le ministre libanais de la Santé avait ouvert une enquête, dont les résultats avaient révélé qu’une grande partie des déchets avaient été incinérés ou déversés dans des décharges publiques“.

Et cela pourrait s’avérer plus grave. En effet, le 6 août, un journal télévisé allemand a indiqué que le Liban n’a peut-être pas refusé l’arrivée de déchets toxiques par la suite. En 1994, plusieurs tonnes de déchets toxiques en provenance de pays européens dont l’Allemagne, l’Italie et la Belgique avaient été découvertes. Pendant la guerre au Liban, la quantité de déchets n’a cessé d’augmenter sur les côtes et à l’intérieur des terres. Certains pays européens transportent encore clandestinement des déchets toxiques vers le Liban.

C’est une destination plus proche et plus pratique pour eux que l’Asie de l’Est et du Sud-Est. Et il est vrai que l’Indonésie refuse de plus en plus l’envoi des déchets par l’Europe et les renvoie “à domicile”.

Accumulation des déchets au fil des ans

En 2015, l’accumulation de déchets dans les villes libanaises a fait éclater une crise des ordures, surnommée « Vous puez », pendant laquelle des dizaines de milliers de Libanais s’étaient rassemblés pour exiger la démission du gouvernement, avant que les protestations dégénèrent en affrontements violents.

Le problème des ordures n’est pas cantonné à Beyrouth. La troisième ville du pays, Sidon, qui compte 250 000 habitants, y est aussi confrontée depuis des années. Les médias locaux affirment que dès l’an 2000, la ville s’est retrouvée entourée de montagnes de déchets. Trois hectares de déchets solides ont détruit l’écosystème du littoral, pollué l’air et les terres. En 2013, des mesures de tri, de traitement et de recyclage des déchets ont été mises en place, sans parvenir à éliminer le souci de fond.

Double peine pour le Liban, entre covid et crise politique et économique

Tout cela semble être lié à la situation économique et politique du pays du Cèdre. Durant leurs nombreux reportages dans le pays, les journalistes du Global Times ont été marqués par la beauté des paysages et de l’environnement, en particulier dans les zones naturelles protégées. Autrefois surnommé la « Suisse de l’Orient », le pays a connu des temps prospères grâce à son long littoral méditerranéen, mais cet âge d’or est désormais révolu. Aujourd’hui, il est un exemple type des conflits du Moyen-Orient, avec sa population de 6 millions d’habitants, ses dix-huit communautés religieuses officiellement reconnues et son immense éventail de partis religieux et politiques. Ces dernières années marquées par les divisions politiques, les troubles économiques et l’effondrement des services publics ont effacé l’image d’autrefois, celle du « petit Paris de l’Orient », a noté le journal français Sud-Ouest.

Aujourd’hui, le Liban, déjà frappé par l’épidémie de coronavirus et les tensions sociales, est à nouveau sujet à des tensions sociales vives suite au choc de l’explosion de Beyrouth. Quelques médias occidentaux pointent du doigt les problèmes de gouvernance intérieure du pays, en critiquant l’incompétence du gouvernement dans sa réponse à la catastrophe et l’effondrement des services publics. Certains accusent le pouvoir des factions religieuses, les réseaux de népotisme et les échanges de profits.

Un citoyen libanais a déclaré à un média français : “Pourquoi du nitrate d’ammonium a-t-il été stocké pendant six ans dans un lieu si important et sensible? C’est parce que notre pays est corrompu du sol au plafond“,