Société post-covid : Noam Chomsky et Edgar Morin redoutent une montée totalitaire des Etats (VIDÉO)

L’après-covid inquiète. Certains disaient pendant le confinement que c’était l’occasion de réorienter les politiques du monde vers plus de social et d’écologie. D’autres, comme Noam Chomsky et Edgar Morin, ont craint que le déconfinement et toute la période “post-covid” débouche, à petits pas, vers une société totalitaire et de contrôle des citoyens par les Etats, rongeant ainsi sur les libertés individuelles. En mai dernier, ils avaient d’ailleurs beaucoup pris la parole à ce sujet.

Les régimes autoritaires vont-ils profiter de la crise pour imposer leur modèle de gouvernance ? Et les autres déclarés démocratiques ? Le monde d’après la pandémie ne sera pas placé sous le signe de la liberté individuelle et collective selon le sociologue Edgar Morin et le linguiste et militant anti-totalitaire Noam Chomsky. Sur RTS, Edgar Morin s’est d’ailleurs expliqué, en mai dernier.

La pandémie de Covid-19 a permis à plusieurs régimes répressifs de renforcer leur autorité. Les contemporains des années 30 Noam Chomsky et Edgar Morin s’inquiètent de lendemains de crise aux accents autoritaristes. Ils l’ont fait savoir dans une interview de la RTS et n’on eu de cesse de le répéter jusqu’à aujourd’hui sur les réseaux sociaux, surtout pour Noam Chomsky, dont la page Facebook est assez active.

Aux Philippines, le président Rodrigo Duterte a déjà étendu ses pouvoir pour lutter contre la pandémie. Coutumier des déclarations tonitruantes, il n’hésite pas à demander d’abattre les citoyens qui ne respectent pas le confinement. Depuis ce mercredi, il a privé d’antenne – officiellement, faute de licence – un groupe de télévision, profitant de la crise pour réduire toute opposition. En Chine, la crise du Covid se juxtapose à la persécution des Ouïghours (bien que celle-ci avait déjà commencé bien avant la crise sanitaire). En France, la répression policière, également antérieure à la pandémie, n’en a été que renforcée. Des violences policières ont été notées et retransmises par les médias, dont ODP news.

Ailleurs dans le monde, le virus semble donner des ailes aux régimes répressifs et décomplexe même certaines démocraties tentées par l’autoritarisme, à l’image de la Hongrie, où Victor Orban s’est fait octroyer les pleins pouvoir.

Des “ressemblances” avec les années 30, pour Chomsky

De quoi rappeler certains précédents historiques au célèbre linguiste américain Noam Chomsky, qui a vécu la montée des totalitarismes dans les années 30. Selon lui, il y a un risque réel que certains régimes profitent de la crise pour imposer leur modèle de gouvernance.

“Dans les années 30, après la crise économique, il y a eu deux choix. L’un de ces choix a été celui de la social-démocratie, comme Roosevelt aux Etats-Unis. L’autre choix a été celui d’Hitler. On sait aujourd’hui ce qui en a résulté. Evidemment, la situation n’est pas exactement identique, mais il y a des similitudes”, a estimé l’intellectuel libertaire, aujourd’hui âgé de 91 ans, interviewé dans le 19h30 de la RTS.

Cette crise est surtout l’occasion pour les régimes autoritaires de mettre en avant leur modèle de gouvernance, présenté aujourd’hui ouvertement comme plus efficace que des démocraties, jugées molles et inadaptées. “Mais en fait, les mesures les plus efficaces ont été prises dans des Etats démocratiques. Taïwan ou la Corée du Sud ont les meilleurs résultats. Ce qui est nécessaire, c’est un Etat qui fonctionne et qui se préoccupe des intérêts de sa population“, ajoute Noam Chomsky.

“Dans les années 30, après la crise, il y a eu deux choix. L’un a été celui de la social-démocratie avec Roosevelt aux Etats-Unis, l’autre celui d’Hitler. On sait aujourd’hui ce qui en a résulté”, déclare en outre l’intellectuel américain.

La tendance à la répression augmente

Cette inquiétude de l’après-Covid-19, on la retrouve aussi chez le philosophe français Edgar Morin, qui a également grandi à l’époque de la Grande Dépression. Il a déclaré également, nous apprend la RTS, en mai dernier : “J’ai vu les conséquences de la crise de 1929: ça a été Hitler. L’avenir est inquiétant, parce qu’avant même la crise du coronavirus, il y avait une tendance régressive dans le monde, qui se manifestait par une crise des démocraties, remplacées par des systèmes néo-autoritaires“, a témoigné dans le 19h30 celui qui est né en 1921… il y a 99 ans déjà.

“Il ne suffit pas de penser, au cours d’une crise très forte comme celle que nous vivons, qu’un monde nouveau va sortir. Il y aura du nouveau, mais le nouveau peut être pire – ou meilleur”, analyse-t-il en se remémorant les années qui ont suivi la Seconde Guerre mondiale. Pour lui, la crise aura permis de prendre conscience de certains problèmes, notamment d’une “politique qui vise à réduire les capacités des hôpitaux et à les transformer presque en entreprises commerciales, où les malades deviennent des objets en stock”.

Cette crise a permis de vérifier la communauté de destin de tous les humains, selon Edgar Morin.

Bie qu’inquiet, l’intellectuel français ne se laisse pas aller au pessimisme : “Cette crise a permis de vérifier la communauté de destin de tous les humains. On peut supposer une conscience nouvelle, nourrie par l’expérience du confinement, qui nous montre les vices et les carences de nos sociétés et essaie d’y remédier, de trouver une nouvelle voie, qui dépasse les limites de ce qu’on appelle le néo-libéralisme“. Et il évoque l’hypothèse “difficile à concevoir pour l’esprit” d’une combinaison entre deux notions antagonistes, mondialisation et démondialisation. Cela semble être un antagonisme pour le sociologue : “Dans l’hypothèse où tout ne se passe pas trop mal, il y aura une poursuite des coopérations entre nations pour tout ce qui est culturel et autre, mais aussi un processus local de démondialisation, où les nations devront sauvegarder une autonomie sanitaire et un minimum d’autonomie vivrière et industrielle“.