Gisèle Halimi, militante anticolonialiste, féministe et contre la torture est décédée

ODP news a appris la triste nouvelle : Gisèle Halimi, défenseuse sans relâche de la cause des femmes nous a quitté ce 28 juillet. Elle avait 93 ans. La célèbre avocate avait défendu des militants FLN pendant la guerre d’Algérie. Par ailleurs, elle a milité personnellement ou en tant qu’avocate pour la cause des femmes (qui est le titre d’un de ses livres) et notamment pour la dépénalisation de l’avortement et contre la criminalisation du viol. Son décès est sans nul doute une grande perte pour les militants de ces causes que sont le féminisme, les droits humaines, la lutte contre l’impérialisme et contre la torture et le système patriarcal.

Gisèle Halimi a passé toute sa vie à militer pour les causes qui lui semblaient justes et progressistes. Celles qui étaient un pas vers une société plus égalitaire, plus libre et moins injuste. Elle a réussi à faire avancer la cause anticoloniale et le féminisme grâce, notamment, aux personnes pour lesquelles elle plaidait la défense en justice, devant les tribunaux. Et ça n’est pas peu. Retour sur ses grands combats et ses grandes “affaires”.

Refus des coutumes et du mariage arrangé

Gisèle Halimi est née le 27 juillet 1927, dans le quartier de la Goulette, à Tunis, sous le nom de Zeiza Gisèle Elise Taïeb. Son père aurait désiré un garçon comme elle le raconte elle-même dans son livre “La cause des femmes”. Avec sa mère, ses relations seront par ailleurs tendues dès sa jeunesse. Un début pas facile.

Il faut dire qu’elle est dotée d’un tempérament résistant dès l’enfance. Agée de 10 ans, elle fera même une grève de la faim pour appuyer son droit à la lecture. Elle défie également les sentiments religieux de sa famille juive en refusant d’embrasser la mézouza avant de rentrer en classe, à l’école.

Puis, à 16 ans, elle refuse un mariage arrangé. Elle va étudier en France et revient ensuite à Tunis et s’inscrit au barreau en 1949. Elle devient aussi militante : en premier lieu pour l’indépendance de la Tunisie.

De retour en France, en 1956, et en épousant Paul Halimi, un administrateur civil, elle change de nom et devient mère de deux fils. Elle divorce, tout en gardant ce nom par lequel elle s’est fait connaître, et épouse Claude Faux, qui fut le secrétaire de Jean-Paul Sartre. Elle a avec lui un troisième fils. Jamais de fille. C’est peut-être pour cela qu’elle aura, avec sa petite-fille, la relation passionnelle qu’elle analyse dans Histoire d’une passion (Plon, 2011), son dernier livre publié.

Lutte contre la torture en Algérie et ailleurs

Gisèle Halimi entreprend de militer avec Sartre et ceux qui signeront, en septembre 1960, le Manifeste des 121. C’est cette année-là qu’elle apprend que Djamila Boupacha, une Algérienne de 22 ans, accusée d’avoir posé une bombe a été arrêtée, torturée et violée par des soldats français. Elle va prendre sa défense immédiatement.

Commence alors une longue bataille, dans laquelle Gisèle Halimi entraîne Simone de Beauvoir qui publie une tribune dans Le Monde et crée un comité, avec, Jean-Paul Sartre, Louis Aragon, Geneviève de Gaulle, Germaine Tillion. Djamila est finalement jugée en France, à Caen, en 1961 et la plaidoirie de Gisèle Halimi n’aura pas suffi. La jeune fille condamnée à mort puis amnistiée et libérée en 1962 après les accords d’Evian (fin à la guerre d’Algérie).

Militantisme féministe

Gisèle Halimi est, depuis toujours, engagée en politique. En 1965, avec Evelyne Sullerot, Colette Audry et d’autres, elle crée le Mouvement démocratique féminin pour soutenir la candidature de François Mitterrand à la présidence de la République. Elle n’est toutefois membre du parti socialiste.

En 1971, elle fait partie des signataires du Manifeste des 343, publié par Le Nouvel Observateur. Il s’agit de femmes déclarant avoir avorté, donc avoir violé la loi, et plaidant pour que les femmes n’aient plus à mettre leur vie en danger en avortant clandestinement. Puis, Gisèle Halimi fonde avec Simone de Beauvoir le mouvement Choisir la cause des femmes, qui organisera la défense de nombreuses femmes violentées de diverses façons.

Le procès de Bobigny : pour le droit d’avorter

C’est un de ses procès les plus connus et retentissants pour la cause féministe. En 1972, une jeune fille de 16 ans, Marie-Claire, et sa mère qui l’a aidée à avorter, sont poursuivies en justice. Bien décidée à plaider, non seulement pour ces deux femmes, mais pour la libéralisation de l’avortement, Gisèle Halimi, leur avocate, fait venir au procès à Bobigny de témoins, dont le professeur de médecine Paul Milliez, fervent catholique, père de six enfants.

Finalement Marie-Claire sera relaxée mais pas sa mère qui sera condamnée, bien que dispensée de peine. C’est une grande avancée vers la loi sur l’interruption volontaire de grossesse (IVG), qui, portée par Simone Veil, autre grande militante, sera promulguée en janvier 1975.

Le viol reconnu comme crime, non comme délit

Une nouvelle lutte commence alors : que le viol soit reconnu comme un crime à partir de ce jour. Les féministes, dont Gisèle Halimi, le demandent et combattent pour cela. En mai 1978, à Aix-en-Provence, devant les assises des Bouches-du-Rhône, elle représente deux jeunes femmes belges qui ont porté plainte contre trois hommes. Dans la nuit du 21 au 22 août 1974, elles ont été violées alors qu’elles campaient dans une calanque. Les trois hommes plaident non coupables. Hors du prétoire, Gisèle Halimi est bousculée, injuriée, menacée. Les hommes sont condamnés. Et de nouveau, c’est Gisèle Halimi fait avancer la cause. Ce procès ouvre le chemin vers la loi de 1980, qui reconna:ît le viol comme un crime.

Pour le reste, Gisèle Halimi est également passionnée d’écriture et a écrit de nombreux livres, tout au long de sa vie, très riche et enrichissante pour beaucoup.