Carte blanche : pour les mères isolées, c’est la double peine au quotidien

Une mère qui a voulu garder son anonymat, a rédigé une carte blanche pour expliquer les causes qui ont mené à un mécontentement et à une protestation.

En 2019, un groupe de mères interpellait le monde politique via les médias et sur les réseaux sociaux pour alerter de la précarité à laquelle elles font face à cause du non paiement des pensions alimentaires. Elles avaient un problème : le SECAL (Service des créances alimentaires) ne leur était pas accessible car elles dépassaient le plafond de 1865 euros. Grâce à cette mobilisation citoyenne, ce plafond est passé à 2200 euros en janvier 2020.

Pourtant, le problème est encore loin d’être réglé, puisque ces mères, qui attendent ces versements depuis 5 ans, se voient refuser les arriérés de pensions alimentaires qui sont sensés tomber après 5 ans justement. Si désormais notre société n’ignore plus la difficulté d’élever seule ses enfants, les institutions ont encore un train de retard pour ce qui est d’aider ces femmes dans leur quotidien. Immobilier, structures d’encadrement, mesures légales… Il reste beaucoup à faire ! Mais, si grandir dans un foyer monoparental ne constitue pas forcément pour l’enfant un handicap, le fait d’être mère célibataire, voire isolée, signifie presque toujours avoir un revenu inférieur à celui d’un couple. Avec pour dommages collatéraux dus à cela. Avec pour dommages collatéraux des problèmes de garde d’enfant, d’accès à l’emploi ou accès au logement. Oui, ces mères vivent l’injonction paradoxale d’une société qui les ignore.

Rassemblement des mères isolées – D.

Le problème est structurel : on attend d’elles qu’elles travaillent comme si elles n’avaient pas d’enfants et qu’elles élèvent leurs enfants comme si elles n’avaient pas de travail. En tension constante, elles passent leur vie à ajuster des temporalités différentes et à jongler pour maintenir un équilibre précaire où l’espoir n’a de place que dans l’idée que leurs enfants pourront se construire un avenir meilleur que le leur. Confrontées chaque jour à la dureté du quotidien, pour elles la question du partage des tâches ou celle de la « charge mentale » ne se pose pas : elles les assument seules. Elles savent exactement ce que représentent 10 euros de plus ou de moins par mois dans leur budget. Elles savent exactement ce que leur coûte la garde du ou des enfants quand elles partent travailler. Mères séparées des pères de leurs enfants, elles ont, de surcroît, parfois de lourdes procédures de justice à démêler avec des pères démissionnaires qui ne payent pas les pensions alimentaires ou se rendent insolvables.

Il arrive que des pères ne prennent pas leurs enfants en droit de visite et d’hébergement, grugent sur la séparation des biens du divorce ou, pour certains perpétuent les violences conjugales et familiales dans des violences post-séparation sans fin. Que fait le gouvernement pour leur venir en aide ? À ce jour si l’accès au SECAL est une grande victoire qui leur ouvre les portes aux pensions alimentaires, il ne règle pas le problème de l’effet rétroactif des 5 années ! Certaines mères attendent depuis 10 ans, 7 ans ou même un peu plus de 5 ans. Et voir que la prescription tombe à présent après 5 ans c’est pour elles une injustice en plus qui vient ternir cette victoire. Il a fallu 17 ans au gouvernement et aux associations pour se décider sur le sort de ces familles monoparentales précaires et, pendant tout ce temps, les mères se sont endettées pour essayer tant bien que mal de maintenir leur famille à flot ! Ces mères demandent une soupape au gouvernement pour les dettes et demandent à juste titre un effacement des dettes comme, par exemple, le délai des prescriptions que les pères se sont vus accordés après 5 ans.

Élever seules des enfants, et assumer la charge mentale affective et financière, ne mérite-t-il pas un traitement de faveur ? Sachant que ces pères démissionnaires qui fuient leur responsabilité n’ont eu aucun mérite à être épongés des dettes alimentaires. Après avoir interpellé les politiques elles ont interpellé le délégué général des droits de l’enfant pour mettre en avant le bien-être supérieur de l’enfant qui est lésé par tout cela. Dans ces histoires de pensions alimentaires, l’enfant reste en effet une monnaie de chantage économique envers les mères, une continuité des violences conjugales qui se traduisent en violences économiques. Le délégué ne s’est pas encore prononcé ni publiquement sur ce point. Une question se pose alors : le monde politique est-il dans le déni ? Agit-il pour ne plus occulter la précarité de ces familles monoparentales ? Il ne peut pas ne pas savoir combien le fait de ne pas toucher de pensions alimentaires sur une longue durée exacerbe la fragilité sociale économique à tout niveaux logements éducation accès aux soins de santé ? Ce n’est pas possible.

Jusqu’à la Cour constitutionnelle

Ces femmes demandent tout simplement que ces violences économiques et politiques cessent et que leurs enfants puissent obtenir les droits les plus légitimes. Si rien n’est fait dans ce sens pour le “volet des dettes”, ces mères envisagent de saisir la Cour constitutionnelle, au nom des droits de l’Homme, car en plus de ne pas être entendues, c’est de leurs enfants qu’ils s’agit. Un enfant se conçoit à deux, et donc s’assume à deux. Or, ce sont les mères qui, aujourd’hui, doivent en assumer les responsabilités à tous les niveau. Ce n’est pas normal. Pourquoi est-il si compliqué pour les instances de prendre position sur cette précarité infantile ? Nous posons la question et attendons une réponse politique.