France : des policiers tentent de faire passer un homme pour criminel et le passent à tabac (VIDÉO)

C’était le 30 juin dernier dans le département de Seine-Saint-Denis en France. Le média France Inter avait publié le témoignage d’un homme victime de violences policières perpétrées dans le cadre de son arrestation par des agents de la CSI  (la Compagnie de sécurisation et d’intervention). D’après la victime, dont les propos ont été corroborés par l’enquête du média public français, il a été passé à tabac. C’était en mai 2019, au cours d’une “fausse opération anti-drogue” menée sur le trottoir qui faisait face au salon de coiffure dans lequel il travaillait.

La police jette un sac de drogue pour l’incriminer et le fait tomber tête la première au sol

“Un policier, discrètement, mais heureusement que la caméra l’a vu, a sorti un sac de drogue et l’a jeté derrière moi”, explique la victime, un homme de 37 ans à propos des faits.  La scène a lieu sur un trottoir devant une épicerie. Et chose que les policiers ignoraient : le propriétairedu magasin a fait placer deux caméras haute définition avec deux angles différents devant la porte. Tout a été filmé, y compris le geste – clairement visible – du sachet jeté discrètement derrière la victime interpellée. Le but était de l’incriminer.

Le document confirme aussi la violence de l’interpellation, puisqu’on y voir clairement un des policiers (à partir de 37″ sur la  vidéo) tirer brutalement les jambes de l’homme pour le faire chuter tête la première sur le sol.

capture d’écran de la caméra de surveillance de l’épicerie : un policier jette un sachet d’herbe pour incriminer la victime

Les policiers mis en garde à vue

L’affaire a fait un bond en avant, ce jeudi 2 juillet. Le premier, adressé par le parquet de Bobigny. Il informait de la mise en examen de quatre des six policiers placés en garde à vue lundi. Le second, signé de la Préfecture de police de Paris, annonçait la dissolution immédiate de la compagnie de sécurisation et d’intervention 93 (CSI 93), l’unité à laquelle appartenaient les fonctionnaires mis en cause, une mesure rare et radicale.

Usage de faux, vol, violences en réunion, atteinte à la liberté, faux PV…

Les chefs de mise en examen donnent un aperçu du scandale. Les quatre agents sont poursuivis pour « faux et usage de faux », « atteinte arbitraire à la liberté individuelle ». Trois d’entre eux le sont aussi pour « violences volontaires commises en réunion » avec des incapacités totales de travail parfois supérieures à huit jours. Un agent est également soupçonné de vol de téléphone portable. Enfin, un autre est accusé de transport et de détention de stupéfiants.

Les policiers ont été déférés devant le juge d’instruction chargé de l’affaire jeudi, au quatrième jour de leur garde à vue. Ils ne dormiront cependant pas en prison : ils sont ressortis avec un contrôle judiciaire, qui leur interdit notamment de se rencontrer, d’exercer leur métier et de détenir une arme. Les deux autres policiers placés en garde à vue sont ressortis libres.

La scène qui leur vaut cette litanie de chefs de mise en examen a eu lieu le 30 mai 2019. Les policiers sont accusés par deux jeunes hommes de la cité Cordon à Saint-Ouen d’avoir procédé à un contrôle de manière illicite, en jetant un sachet d’herbe à leurs pieds et en les accusant de détention de drogue. Dans leur plainte à l’IGPN, les deux personnes affirment avoir été frappées. Le téléphone de l’un des deux aurait été détruit. Le tout aurait été maquillé à l’aide de faux procès-verbaux.