“Ma fille est morte?” : la mère a appris le décès au procès du djihadiste Tyler Vilus

Un incident de taille s’est produit, ce mardi 30 juin, lors du procès du djihadiste Tyler Vilus. Une mère qui était venue apporter un témoignage comme bien d’autres personnes dans cette affaire, a été surprise d’apprendre, devant toute l’audience présente, la mort de son enfant, Inès, dans le cadre de la guerre en Syrie, mais en fait à Mossoul en Irak, d’après nos informations. Et ce n’est pas tout : les autorités étaient au courant de cela depuis deux ans et demi mais ils n’avaient pas jugé bon de prévenir les parents de la perte de leur enfant.

Il est assez rare de voir une femme si seule au monde à la barre des témoins, face à cette nouvelle bouleversante. Et, jamais on ne s’est senti si peu à sa place dans un prétoire où était exposée ainsi aux yeux de tous la détresse d’une mère qui ne demandait rien à personne.

Tyler Vilus dit avoir prévenu la mère du décès d’Inès

Leila D., la mère d’une ex-épouse de Tyler Vilus (premier Français accusé de meurtres commis en Syrie et soupçonné d’avoir dirigé sur place un groupe de combattants à comparaître devant la cour d’assises spéciale) a appris à l’audience le décès de sa fille en 2017 sous les bombardements à Mossoul.

Tyler Vilus dit qu’il avait prévenu sa belle-mère. « J’ai réponse à tout », lui a-t-il écrit en 2014 lorsqu’il communiquait par Skype avec la mère de son épouse de l’époque, Inès. Ce mardi, six ans plus tard et face à cette femme de 47 ans venue témoigner à son procès, le djihadiste originaire de Troyes a perdu ses mots. Si Leila D. a fait le déplacement jusqu’au palais de justice de Paris ce mardi, c’était pour raconter à la cour d’assises spéciale les liens et les relations entretenus entre sa fille et Tyler Vilus.

La DGSI était au courant depuis longtemps

Inès a été la seconde épouse de cet « émir » de Daesh qui est aujourd’hui jugé pour association de malfaiteurs terroriste criminelle, direction d’une entreprise terroriste et pour deux meurtres commis sur zone. Elle avait 19 ans quand elle est partie de France, en 2013. Sans nouvelle d’Inès depuis 2017 et malgré sa collaboration avec la justice et les services de renseignement, Leila D. a appris ce matin, et face au tribunal, le décès de sa fille sous les bombardements à Mossoul, selon les informations de la DGSI.

Leila D. a déclaré au début de son audition : « Je ne sais pas pourquoi je suis là ». Laurent Raviot, le président de la cour d’assises spéciale, tente de faire le tri dans les souvenirs confus de cette mère dépassée par le parcours chaotique de sa fille en Syrie. « Vous êtes la maman d’Inès. On sait que dans ce dossier, votre fille a été mariée religieusement à M. Vilus », déclare-t-il. Très vite, Leila D., la mère d’Inès, dit : « Je voudrais bien avoir des réponses par rapport à ma fille, je m’inquiète, depuis fin mai 2017, je n’ai plus de nouvelles ». À plusieurs reprises depuis le début de ce procès, le sort d’Inès a été évoqué.

Laurent Raviot tente d’abord de raviver les souvenirs de la mère, qui finit par dire : « Au début je parlais beaucoup avec ma fille au téléphone, je sais que son premier mari l’avait foutue à la porte et qu’elle s’était remariée ». Elle a poursuivi « Il ne la laissait pas me téléphoner parce que j’étais pas dans l’islam (…) Il lui disait que j’étais une mauvaise musulmane (…) Elle m’appelait en cachette. Elle voulait partir mais elle pouvait pas ».

Tyler Vilus a présenté ses condoléances à Leila D.

Dans la salle, le public se fige. Dans le box, Tyler Vilus se lève. Habituellement si volubile, l’homme se racle la gorge, se tait puis chuchote : « J’ai appris le décès de ma fille dans le bureau du juge d’instruction. J’ai compris ce que ça faisait de perdre un enfant. Je tiens à présenter toutes mes condoléances, même si ça ne change rien. » L’audition touche à sa fin, le président glisse à Leila D. qu’elle sera défrayée pour sa venue au tribunal et ajoute : « C’est dérisoire, je sais. »

« On examine des faits graves depuis une semaine et on a probablement manqué d’humanité ce matin (…) J’étais persuadé que cette dame avait été informée au préalable de la mort de sa fille (…) Nous allons la recevoir pour lui donner des explications qu’elle est en droit d’attendre et pour qu’elle puisse commencer son travail de deuil », a dit l’avocat général ayant demandé ce témoin à la barre.