France : interpellés, des collégiens ont été traité de “nègres”, de “pédés”, de “cons de maghrébin”

Ils sont mineurs, n’ont que 14 ans et sont originaires de Kremlin Bicêtre, en France. Sylvain, Souhail, Brahim et Léon (noms d’emprunt, fictifs) sont amis du collège, qu’ils achèvent cette année. Aucun d’entre eux n’avait jamais eu affaire à la police. Jusqu’à ce mardi 26 mai qui les a marqués.

Heureux, comme tout le monde, de se retrouver après les semaines de confinement. Ils s’étaient donné rendez-vous à 14 heures, pour se diriger au Franprix du coin acheter des boissons et autres. Avant de revenir devant l’immeuble de l’un d’eux. “On a vu des personnes arriver”, raconte Sylvain, “ils nous ont fouillés, contrôlés”.Ils nous ont interpellés, mais ils ne nous ont pas dit pourquoi”, poursuit Sadi. “On avait juste peur, on ne savait pas comment ça allait se finir”.

“Vous êtes des pédés”, “C’est un maghrébin, il est con”

À ce moment-là, les choses ne font pourtant que commencer. Rapidement, d’après les collégiens, les policiers les ont injuriés. “Ils nous ont dit : “Lui, c’est un maghrébin, il est con”, “Eux, c’est des nègres, ils ne savent pas s’habiller”, ou encore “Vous êtes des pédés”, déclarent les jeunes amis. “Il casse les couilles ce noir”, “mettez les deux noirs ensemble”, précise par ailleurs Jérôme Karsenti, avocat des familles, dans les plaintes qu’il a déposées au procureur de Créteil. 

La scène a duré près de trois heures, racontent les adolescents. Le jeunes ont été placés debout contre le mur, pris en photo à l’aide des téléphones portables des agents de la BAC (brigade anti-criminalité), puis menottés et emmenés au commissariat. L’un est parti seul dans une voiture. Les trois autres ont du s’entasser sur la banquette arrière, à côté d’un policier municipal. “Ils ont dit à mon copain qu’il avait qu’à monter sur mes jambes, ‘vu qu’ils sont pédés’ et, comme j’ai répondu, le chauffeur s’est retourné et m’a mis une gifle”, témoigne Brahim. 

Ils semblent avoir été interpellés pour leur couleur de peau, disent Mediapart et France Inter qui ont sorti l’information de cette affaire.

Cette affaire met le doigt sur de la discrimination. “Et c’est parce qu’il y a un phénomène discriminatoire qu’on s’autorise la maltraitance et le non-respect des droits”, dénonce aujourd’hui Jérôme Karsenti, “À commencer par le non-respect des droits des mineurs en garde-à-vue. Leurs parents ont été prévenus tardivement, n’ont pas été informés de la possibilité de choisir un avocat, d’assister aux auditions. Les garçons, dont l’un souffre de crises de spasmophilie, n’ont vu de médecins qu’à partir de 2 heures du matin. Et puis, surtout, des heures et des heures après leur interpellation, ils ne savaient alors toujours pas ce qui leur était reproché : “On nous a dit un vol de bonbons, puis un vol en réunion, puis un vol à l’arrachée”, raconte Souhail. La victime serait une femme, dont on a dérobé le collier en or, puis un homme, agressé en pleine rue. “On nous a traités comme des coupables et comme des adultes”, ont expliqué les jeunes.

Des politiques ont dénoncé ce traitement

“Les droits des enfants n’ont pas été respectés alors qu’on est sur un cas d’injustice très clair. Finalement c’est toute une confiance dans la police comme service public qui est abîmée dans ce type d’affaires”, déplore la députée (La France Insoumise) du Val-de-Marne, Mathilde Panot, intervenue pendant les garde à vue, en soutien aux familles. “Leur première rencontre avec la police c’est : on se fait embarquer, insulter, humilier, pour quelque chose sur lequel on n’a absolument rien fait”.

Après 24 heures de garde-à-vue, les quatre jeunes collégiens sont relâchés sans poursuite. Ils ne sont pas sortis de chez eux le jour du vol, le bornage de leurs téléphones portables le prouve. Celui qui a été décrit par la police comme le “principal agresseur” était décrit comme mesurant 1,60 mètre. Il fait 1,87 mètre. “Ils ont quand même perquisitionné sa chambre”, déplore la maman de Souhail. “C’est un enfant qui a encore son doudou, ses jouets. C’est la première fois qu’il sort de l’enfance, la première fois qu’on se sépare de lui”. Pour tous, leur première rencontre avec la police.