Montréal (Canada): une manifestation contre le racisme a eu lieu dans la foulée de la mort de George Floyd aux USA

Des vitrines fracassées, des manifestants gazés, et une indignation populaire conséquente : on avait vu ça aux États-Unis ces derniers jours. Ce dimanche, ç’a été le tour de Montréal, la plus grande ville du Québec, au Canada.

Ce 31 mai 2020, une marche a commencé près du QG du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM). Des milliers de gens se sont rendus au parterre du Quartier des spectacles et dans les rues à proximité pour dénoncer la violence raciste et l’impunité policière, dans la foulée de la mort de George Floyd.

D’après un bilan partiel livré lundi matin par le SPVM, onze personnes ont été arrêtées. L’enquête policière se poursuit et d’autres arrestations pourraient avoir lieu.

En se déplaçant vers le square Dorchester, la foule s’étirait à perte de vue sur le boulevard René-Lévesque, chantant des slogans tels que “No justice, no peace!” et “I can’t breathe”, en référence aux derniers mots de George Floyd et d’Eric Garner, un autre homme noir mort aux mains de policiers en 2014 aux USA.

Will Prosper, militant et un des organisateur de la manifestation, déclare n’avoir jamais vu un aussi grand mouvement pour la cause antiraciste au Québec. “Pour que les gens sortent en période de coronavirus pour passer ce message-là, c’est parce qu’on ne tolérera plus ça”, a déclaré le cofondateur de Hoodstock, qui est par ailleurs ex-policier.

L’événement se voulait une démonstration de solidarité avec la mobilisation américaine, mais également l’occasion de décrier les violences au Canada. “Black lives matter ici aussi” et “Canada, you also got blood on your hands”, pouvait-on lire sur des pancartes de manifestants, qui ont également évoqué Alain Magloire, Bony Jean-Pierre, Pierre Coriolan et Nicholas Gibbs, tous des hommes racisés tués dans des interventions du SPVM.

Le souci de ne pas propager la COVID-19 est resté présent du début à la fin, avec des appels répétés à maintenir une distance de deux mètres entre les participants, invités à porter un couvre-visage – une consigne respectée par la majorité d’entre eux. Des masques étaient distribués sur place, ainsi que du désinfectant à mains.

Après quelques discours et un moment de recueillement avec les poings levés, la manifestation officielle a pris fin vers 19h, sur une invitation à manifester à nouveau dimanche prochain.

Ensuite, des centaines de personnes ont rebroussé chemin vers le quartier général du SPVM, dans une ambiance toujours festive.

Tensions en fin de cortège et le soir

Néanmoins, quelques minutes plus tôt, le SPVM a publié sur Twitter avoir observé des “comportements illégaux” sans en préciser la teneur.

Au retour des manifestants à leur point de rencontre de départ, deux barrages policiers bloquaient l’accès au quartier général du SPVM de la rue Saint-Urbain, à l’intersection avec les rues Sainte-Catherine et de Montigny, faisant naitre à des face-à-face tendus avec des agents en tenue antiémeute. La Sûreté du Québec était également présente.

L’ordre de dispersion est venu peu après 20h sur Twitter… et la situation a rapidement dégénéré. Des gaz lacrymogènes ont été jetés par la police sur le parterre du Quartier des spectacles d’abord, où des “casseurs” (selon les forces de l’ordre) ont tiré des projectiles dans leur direction et fait des saccages.

Il a fallu plusieurs heures à la police pour dégager le secteur,apprend-on. Elle a utilisé à répétition des gaz lacrymogènes. Plusieurs vitrines de commerces ont été fracassées sur la rue Sainte-Catherine.

La Presse canadienne a observé une manifestante du nom d’Aisha tomber au sol et se cogner la tête sur un muret après avoir été plaquée par un agent. “Qu’est-ce que ça veut dire “illégal″? L’esclavage était légal”, a souligné la jeune femme.

Une autre manifestante s’identifiant comme Leah a elle aussi choisi de rester sur place malgré les avertissements des policiers : “Pour moi, la marche n’était pas finie, a-t-elle déclaré, peu après avoir été gazée. On fait juste rester là, on exprime notre mécontentement, on montre notre support et c’est ça que ça donne. Les policiers supportent un système qui est contre nous.”

Vers 22 heures, iI n’y avait quasi plus personne dans le centre-ville et à minuit, le SPVM n’avait toujours pas fait le bilan des arrestations.

Les autorités et la sphère politique a soutenu la marche

Le SPVM avait initialement écrit un message d’appui aux manifestants, sans doute une première. “Le SPVM souhaite exprimer son désarroi devant la situation qui fait écho partout dans le monde suivant le décès de Georges Floyd. Autant le geste posé que l’inaction des témoins présents vont à l’encontre des valeurs de notre organisation”, pouvait-on lire.

“Soyez assurés de notre soutien et de notre accompagnement pour la manifestation pacifique tenue à Montréal en appui à toute la communauté. Nous respectons les droits et le besoin de chacun de dénoncer haut et fort cette violence et serrons à vos côtés pour assurer votre sécurité”, a-t-on ajouté.

La mairesse Valérie Plante avait tenu à condamner ” les violences, le racisme et les discriminations systémiques” plus tôt dans la journée. “Peu importe le statut, origine ou couleur de peau, tous sont en droit de s’attendre à un traitement juste et équitable et je ne ferai aucun compromis à cet égard à Montréal. La Ville est engagée dans un important chantier de lutte contre les profilages racial et social”, a-t-elle écrit.

Son message a toutefois été mal reçu par les militants qui se sont succédé au micro avant le début de la marche pour exiger des actions plus concrètes pour lutter notamment contre le profilage racial.

Le premier ministre François Legault a fait connaitre son soutien à la cause antiraciste en soirée: “La mort de George Floyd est une tragédie d’une tristesse sans nom. Ça nous rappelle que le racisme est un mal qui existe encore. Tous les humains sont égaux, peu importe la couleur de leur peau. Continuons le combat pour enrayer le racisme.”

En outre, la mobilisation aux États-Unis continue de se déployer à l’international. Ce weekend, des rassemblements ont été vus à Copenhague, à Londres, ou à Berlin, notamment. Des milliers de gens à Toronto (Canada anglophone) sont aussi allé dans la rue, ce 30 mai, quelques jours après la mort de Régis Korchinski-Paquet, tombée du balcon d’un appartement situé au 24e étage en présence de policiers dans la Ville-Reine.