Le covid : une occasion pour développer les monnaies locales citoyennes ? (VIDEO)

La crise sanitaire est peut-être un premier balbutiement d’une potentielle crise économique. Certains le pensent, qu’ils soient dans les sphères du pouvoir ou citoyens qui seront touchés par la crise. C’est justement eux, les citoyens et citoyennes, qui veulent agir, pour limiter l’impact que pourrait avoir sur eux une dévaluation de la monnaie ou une trop grosse inflation non suivie d’une indexation des salaires à la hauteur. Certains ont donc décidé de développer des monnaies alternatives. Voici quelques exemples belges.

L’atmosphère économique ne semble pas en bonne forme. C’est du moins ce que pensent les citoyens qui préfèrent, dans la mesure du possible, se tourner vers des monnaies alternatives, plus locales et qui ne font pas l’objet de spéculation sur les marchés financiers. L’économie réelle est de plus en plus séduisante dans la population.

Les monnaies locales, de plus en plus séduisantes pour beaucoup de gens

Les monnaies locales existent depuis des années en Belgique. Toutefois, elles ont fait un bond ces temps-ci. En Wallonie, région francophone de Belgique, par exemple, se développent nombre de monnaies alternatives. Prenons la ville de Charleroi : à ce jour, 4 millions de “carol’ors” ont été distribués. Pour Liège, c’est encore mieux, avec le “val’heureux”. C’est la plus importante monnaie locale connue à ce jour en Wallonie. Il y a environ l’équivalent d’un peu plus de 100.000 euros en circulation en région liégeoise. Ce qui n’est pas rien !

Un tel développement a même été déclaré comme impressionnant par le réseau Financité, qui promeut une économie alternative. “C’est clair qu’avec le projet de Charleroi on change d’échelle, constate Nicolas Franka, travaillant au réseau Financité, “même les plus gros projets européens, comme l’Eusko au Pays-Basque, n’atteignent pas ces montants.” 

Chaque habitant va recevoir un billet de 20 carol’ors (qui vaut 20 euros) à dépenser dans un commerce sur le territoire de la commune. En principe, l’opération sera lancée à la mi-septembre.

L’orno face à l’euro… et un clin d’oeil au covid !

La ville de Gembloux, elle, n’a pas attendu la fin des vacances pour passer à l’action en imaginant l’opération “19 ornos”. L’orno est la monnaie locale de Gembloux et Sombreffe. Elle circule discrètement depuis sa création en 2018.

Decouverte des billets!

Publiée par Orno monnaie citoyenne sur Mercredi 13 juin 2018
Vidéo de 2018, au moment où les billets de l’Orno sont arrivés, parés à être mis en circulation

Pourquoi 19 ornos ? “C’est un clin d’oeil au Covid 19, explique l’échevin Gauthier Lebussy. Le principe c’est que chaque Gembloutois peut venir retirer à la maison communale un billet de 19 ornos en payant 10 euros. Ainsi, chacun fait sa part pour soutenir nos commerçants .” Si les 26.000 habitants utilisent ce billet de 19 ornos, c’est 500.000 euros qui seront injectés dans l’économie locale.

Ces monnaies locales sont bien plus que des bons d’achat !

Contrairement à un simple bon d’achat, la monnaie locale (que ce soit l’orno, le val’heureux ou autre) ne sert pas qu’une seule fois. Elle a vocation à circuler dans l’économie locale. “Un commerçant qui est payé avec un billet de 19 ornos peut le réutiliser chez un autre commerçant de la commune, explique Gauthier Lebussy. Et ainsi de suite. La valeur injectée dans l’économie locale peut ainsi être multipliée par trois, quatre, cinq…

C’est justement là le principe de fonctionnement des monnaies locales qui sont bien implantées dans un tissu économique, quand beaucoup de commerçants jouent le jeu et que les consommateurs sont nombreux à l’utiliser. Une monnaie est une convention sociale, un accord de confiance. Rien d’autre, et les créateurs et utilisateurs de ces monnaies alternatives l’ont bien compris. Ils sont souvent enthousiastes : “Je compte réutiliser au moins une partie des ornos dans les commerces voisinspour aller au restaurant par exemple ou acheter des chaussures, déclare Ingrid, qui tient une maroquinerie dans le centre de Gembloux. 

Mais parfois moins : “Je ne demande qu’à le croire, nous confie un commerçant de Gembloux. Mais moi, mes fournisseurs ne sont pas du coin, je ne peux pas les payer en ornos. Donc dès que j’aurai quelques billets dans ma caisse, j’irai les changer à la commune contre des euros.”

Le concept toutefois se développe assez bien. Deux autres communes wallonnes emboîtent le pas à Charleroi et Gembloux en ‘appuyant sur une monnaie locale pour aider les commerçants : Ath (le solatoi) et Wellin (l’ardoise). “Mais beaucoup d’autres vont suivre, estime Nicolas Franka (Financité). Nous préparons le terrain avec une vingtaine de communes différentes actuellement, et notamment les autres grandes villes wallonnes : Liège, Mons et Namur.”