Journal Fakir : la Sûreté de l’État belge a-t-elle travaillé pour LVMH, multinationale française ?

Le groupe LVMH est célèbre entreprise multinationale de cosmétiques et de joailleries notamment, et dont le PDG n’est autre que Bernard Arnault, troisième fortune mondiale. Il s’agit là d’une information signée Mediapart qui a été révélée hier, ce 13 juillet. Mediapart parle d’ailleurs au sujet de cette enquête du “luxe de l’infiltration”. En effet, pour qu’une entreprise soit capable de faire bouger la direction des Renseignements, c’est que son poids n’est pas négligeable. Le journal Fakir a ainsi été mis sur écoute.

Mediapart a en effet révélé que la présidence de LVMH (au minimum un proche collaborateur de Bernard Arnault donc) a fait la demande directe et explicite de pouvoir « infiltrer » le journal indépendant Fakir. Dans le film “Merci Patron” de François Ruffin, on peut d’ailleurs voir une scène où les Renseignements disent ouvertement se méfier du journal Fakir. Le but de LVMH était d’espionner la rédaction du journal en temps réel, de façon constante. L’opération a été pilotée par la DCRI (devenue entre-temps la DGSI, la Sécurité intérieure), et plus particulièrement par son directeur Bernard Squarcini, qui ne souhaite pas faire de commentaire. LVMH non plus.

Espionnage par la DCRI sur demande d’une entreprise privée

Bernard Squarcini, alors consultant à LVMH, aurait en fait fait appel à ses anciens contacts du Renseignement et aux services d’un cabinet privé pour faire infiltrer un espion (une « taupe ») au sein de Fakir. Le but avait été d’empêcher l’irruption de François Ruffin et de plusieurs autres membres du journal dans une assemblée générale de LVMH à Paris en avril 2013.

Bernard Squarcini, qui est par ailleurs un proche de Nicolas Sarkozy, avait du passer dans le Conseil en sécurité après avoir été évincé par François Hollande de la tête du renseignement intérieur (DCRI, devenue DGSI). Depuis septembre 2016, il est mis en examen depuis pour divers délits présumés, dont du trafic d’influence et du détournement de fonds publics, qui auraient été commis depuis sa reconversion dans le privé.

Mediapart donne accès à l’intégralité des écoutes ici : https://mdpt.fr/38PguUB

Commentaire de François Ruffin

François Ruffin, qui était directeur de la rédaction de Fakir au moment des faits, en réaction à cette information de Mediapart a déclaré sur son compte Facebook : « Les mecs de Fakir, ils sont arrivés dans l’immeuble avec des tee-shirts I Love Bernard. En plus, Monsieur Arnault était en bas, lui qui ne descend jamais, il était fou. Il était avec David de Rothschild, il a eu peur. Vous pourriez nous installer un bouton anti-panique ? »

Et il a ajouté : “C’est le plus jouissif, dans les écoutes de Squarcini : les sentir paniquer devant nous, eux si puissants, nous si fragiles… Et à la fin, c’est nous qu’on va gagner… contre les Bernard du monde entier !”

Appel à la Sûreté de l’État pour avorter une action en Belgique

Dans les écoutes révélées par Mediapart en 2013, on peut entendre Bernard Squarcini contacter la Sûreté de l’Etat français au sujet d’une action organisée par le journal Fakir. Dans la conversation, Bernard Squarcini lui dit d’alerter la Sûrté de l’Etat belge de faire attention parce qu’une “action de Fakir va avoir lieu devant les locaux de LVMH”, afin de la canaliser et de l’avorter. La femme des RG l’avait d’ailleurs remerciée de cette information. Cet appel en dit long sur l’inquiétude que peut susciter une action d’un journal indépendant que ce soit en Belgique ou en France.

“Ils porteront des t-shirts I love Bernard”, a déclaré Bernard Squarcini au téléphone, “et tenteront d’entrer incognito”.

Il aut savoir que Bernard Arnault avait demandé la nationalité belge et la Sûreté de l’Etat belge avait donné un avis favorable et est soupçonné d’évasion fiscale.