Les sans-papiers nous ont partagé leur vécu durant le confinement… et il n’a pas été de tout repos (interview)

Comment les sans-papiers vivent-ils cette crise ? Ils nous partagent leur vision des choses. Notre reporter couvrait la marche de ce samedi 30 mai, et a rencontré trois d’entre les manifestants. Ils ont raconté leur situation. Ils se nomment Hassane, Anir et Maxime

Hassane

“Ça fait 15 ans que je suis en Belgique” explique-t-il, “Je suis mécanicien polyvalent qui a étudié ici chez vous et j’ai mon diplôme. Je suis un athlète professionnel, je suis dans le classement de course à pied dans toute la Belgique. J’ai payé 10 000 euros à la commune au total, avec l’aide des avocats. J’ai demandé à ma famille de m’envoyer de l’argent du Maroc, mais le gouvernement joue de nous ! Il nous donne de l’espoir.”

Il poursuit : “Ça fait 15 ans que je n’ai pas vu mes parents. Trois amis à moi sont morts, ici, en Belgique. L’un d’eux a été renversé par une voiture, il était ici depuis 9 ans et il est mort. Sa famille ne l’a pas vu ! On ne peut pas tout changer, on aime ce pays, on a pris des habitudes. Je connais toute la Belgique de A à Z. Je vais aller où après ?”

Lorsque nous lui avons demandé s’il pensait que la solidarité était devenue un crime, Hassane répond : “C’est eux (le gouvernement) qui ont fait en sorte que c’est devenu un crime. On a notre dignité.”

“Soutenez-nous. Soyez avec nous. Votez pour nous, pour la régularisation”, c’est le message qu’il souhaite faire passer en priorité.

Anir

Nous avons également rencontré Anir, militant fervent parmi les travailleurs sans-papiers. 

Il habite seul dans une maison louée et n’a pas d’autre choix que de travailler illégalement, en noir, dans un supermarché en tant que caissier. Cela implique qu’il a du continuer à travailler durant cette période de confinement. Les clients étaient plus nombreux que d’habitude. Selon lui, être sans-papiers correspond à des heures de travail non payées. 

Durant cette quarantaine et ce confinement, Anir raconte qu’il y avait beaucoup plus de contrôles de police en rue et dans les transports en commun, en particulier la première semaine de confinement. “Les sans-papiers vivent dans la peur”, dit-il. 

Il ajoute que les SDF sans-papiers accueillis dans les centres sont ceux qui ont été le plus touchés par cette pandémie. Dans quelques villes, des hôtels ont été ouverts pour les accueillir et des associations ont créé des campagnes.

“Malgré ça, des migrants ont dû dormir dans la rue. Ils sont oubliés au niveau du gouvernement, il n’y a pas de solution radicale pour changer ça ! De plus, en Belgique, nous avons un gouvernement plutôt à droite et libéral. La question migration est oubliée dans le programme gouvernemental”, explique Anir.

Maxime

Maxime est à la fois SDF et sans-papiers. Il vit en Belgique depuis un an et demi. Son pays d’origine est la Moldavie. Pourquoi avoir décidé de se rendre ici ? Pour lui, c’était la solution afin d’avoir une meilleure vie et trouver un job. 

En Moldavie, Maxime vivait chez ses parents et travaillait dans un magasin. Arrivé en Belgique, il s’est fait voler ses papiers moldaves… 

Le coronavirus n’a pas changé beaucoup de choses, car en tant que personne sans-abri, Maxime est resté à son emplacement habituel sans pour autant se faire réprimander pour non respect du confinement. Il note tout de même que le nombre de passages a diminué, forcément.

*Les noms utilisés pour les témoignages sont des noms d’emprunt pour ne pas nuire à ces personnes.