Louis Michel : “la N-VA a servi thématiquement le Vlaams Belang”. Mais quid du MR ?

Louis Michel, député européen du MR, et accessoirement père du Premier Ministre actuel, était l’invité de Matin Première, ce 28 mai 2019 aux premières de la matinée. Thomas Gadisseux lui a posé quelques questions sur les résultats des votes exprimés aux élections du 26 mai dernier.

Pour lui, le pays n’est pas ingouvernable et il faut prendre acte des résultats des votes, de la volonté du peuple. Le député européen n’estime aucunement que le MR est responsable des scores actuelles de la droite extrême et de l’extrême-droite. Malgré la baisse significative des voies qu’il a obtenu, tant à Bruxelles, en Wallonie, qu’au fédéral et à l’Europe.

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D’autres, acteurs de la société civile ou simples citoyens voient les choses différemment. Pour eux et elles, le gouvernement MR-NVA est un des responsables de cette percée de l’extrême-droite en Flandre et au fédéral. La Wallonie et Bruxelles ayant manifesté un vote davantage à gauche (Ecolo, PTB, PS).

On a beaucoup entendu parler de “dimanche noir”. Pour Felipe Van Keirsbilck, syndicaliste de la CNE, le phénomène présent ne tombe pas du ciel et est tout à fait explicable. “Trois explications qui nous semblent importantes pour comprendre tout cela”, explique-t-il dans un statut Facebook, assez largement diffusé. “D’abord le comportement des médias, surtout flamands. En Flandre, non seulement la Haine-VA mais même le Vlaams-Blok/Belang est considéré comme un parti « normal ». On leur donne la parole à longueur de journée, et une semaine avant les élections le président de ce parti fasciste était encore invité dans une émission pour enfants ! On connaît les excuses pour ce choix. Elles ne valent rien. Donner la parole aux ennemis de la démocratie c’est leur donner une voix, et leur donner des voix. C’est une faute lourde, que les médias francophones ne commettent pas – jusqu’ici, du moins…”

“Il y a ensuite l’offre politique, poursuit-il, N’avalons pas la fable selon laquelle les partis « reflètent » simplement l’opinion du peuple ; ils contribuent largement à la former. En politique, dire, c’est faire. Quand Théo Francken dit « je tire mon inspiration du programme du Vlaams Belang », quand Jambon prétend (contre l’évidence) que les musulmans de Belgique se réjouissent des attentats, ou que les collaborateurs des nazis avaient des raisons, quand Charles Michel fait de ces personnages immondes des Ministres « respectables », on répand dans l’esprit public l’idée que le racisme et le fascisme sont des options comme les autres.
Avant de rappeler “qu’il y a enfin le type de débats publics qui sont mis en avant par les acteurs sociaux. Il n’y a en démocratie de mauvaises réponses qu’aux mauvaises questions. Notre conviction reste que la meilleure réponse au nationalisme et au racisme, c’est de poser les bonnes questions. C’est de mettre au centre du débat le combat collectif contre toutes les injustices : capitalisme, racisme et patriarcat. Ce que nous faisons sans cesse à la CNE : désigner clairement les adversaires, organiser collectivement les travailleurs, et animer un espace politique où imaginer des propositions radicales et réalistes. Si les acteurs sociaux du Nord abandonnent cette conflictualité sociale, s’ils se résignent au néolibéralisme, s’ils abandonnent la lutte des classes, il ne reste que la guerre des (soi-disant) « races ».”

Axel Farkas, militant de la Gauche Anticapitaliste, va dans le même sens : “L’extrême droite a d’abord gagné dans les idées et les mesures politiques appliquées par le gouvernement MR/N-VA avant de gagner dans les urnes.
À la fin, les gens finissent par préférer l’orignal à la copie.”

Drapeau du Vlaams Belang – photo libre de droit

Ainsi, Louis Michel, pour eux, est un des acteurs ayant amené la situation actuelle. Ne fut-ce qu’en adhérant à un parti, le MR, qui s’est associé pendant cinq ans avec un parti qui avait des pratiques d’extrême-droite, notamment sur la traque aux migrants, les incarcérations en centres fermés, les renvois dans des pays en guerre (on se souvient de l’audio diffusé récemment où l’on entend Bart de Wever parler de “Air Francken”), les exclusions de chômeurs, la suppression de certains avantages pour des pensionnés, l’augmentation de sans-abris considérables, etc.