USA : le mur frontalier avec le Mexique n’est plus trop un sujet central pour Trump

Le slogan de campagne de Donald Trump en 2016 était “Build the wall” (“construisez le mur“), alors qu’il était candidat aux élections américaines. Un mur censé mettre fin à l’immigration clandestine en provenance du Mexique et d’Amérique centrale. À l’occasion de la fin de son mandat, ce projet controversé est toujours polémique.

D’après l’agence fédérale Customs and Border Protection (CBP), en charge de la construction du mur, le projet est en tout cas en bonne voie. Cette agence annonce en novembre dernier 409 miles construits, soit 658 kilomètres de mur. “Dans les faits, il faut vraiment nuancer ces chiffres. Environ 80% de ces 409 miles sont en fait de la rénovation de la barrière qui avait déjà été érigée par George W. Bush et Bill Clinton avant lui“, explique Romain Houeix, coauteur avec Clément Brault de “L’Amexique au pied du mur. Enquête au cœur d’un fantasme”, publié en 2019 aux éditions Autrement.

Dans les faits, seulement 94.8 kilomètres de frontières ont été construits sur une portion de terre entière ouverte, comme le mentionne l’AFP.

Les blocages

La construction ce mur n’a pas été une sinécure contrairement à ce que Trump laissait entendre en 2016. La première difficulté a été le financement très onéreux de l’édifice. Donald Trump s’est battu à plusieurs reprises contre le Congrès pour obtenir des financements. En janvier dernier, le Congrès américain a d’ailleurs empêché une levée de 5 milliards de dollars alors que l’activité gouvernementale était au point mort, faute d’accord sur le budget. Le coût total des opérations de rénovation et de construction atteint tout de même les 14.9 milliards de dollars.

Au-delà de la frontière, ce qui a coincé, ce sont aussi des difficultés administratives et juridiques. “Le mur a déjà été construit sur les parties les plus faciles de la frontière. Des parcelles de terres placées dans des zones désertiques notamment en Arizona ou en Californie et qui appartiennent à l’État fédéral. Le reste de la frontière, notamment dans l’État du Texas, comprend une grande part de terrain privé. Des propriétaires qui réclament des indemnités ou s’opposent tout simplement à l’expropriation de leurs terres. On a rencontré des gens qui ont été en procès pendant quatre, cinq voire six ans, contre la construction du mur sur leur terrain“, raconte Romain Houeix. De quoi sérieusement entraver le projet initial de 1187,7 kilomètres de frontière. Ce mur va jusque dans la mer, à Tijuana (ville frontalière avec la Californie).

Un mur controversé

Malgré la construction du mur qui n’est pas un réel succès, Donald Trump laissait entendre le contraire lors du dernier scrutin en changeant le “Build the wall”, construisez le mur, en “Finish the wall”, finissez le mur. Pourtant, c’est l’efficacité même du mur qui est remise en cause. “Quand on discutait avec la Border Patrol, la police des frontières, ils nous disaient à demi-mot que c’était surtout la présence humaine qui dissuadait les personnes de traverser la frontière. Le mur seul, il suffit d’une échelle pour l’escalader, explique Romain Houeix.

Donald Trump – DR

Le mur est donc plus un symbole qu’autre chose, un monument qui concrétise la politique migratoire de Donald Trump. Et ce symbole, à défaut d’être utile, le président sortant le voulait le plus impressionnant possible, “dans les dernières semaines de campagne, il y a eu des fuites dans la presse qui ont révélé que Trump était obsédé par l’aspect du mur et demandait que l’on rajoute du barbelé au-dessus, que l’on peigne en noir, il a même voulu rajouter des douves mais on lui a répondu que c’était beaucoup trop cher. Il avait vraiment cette volonté de le rendre le plus impressionnant“, ajoute Romain Houeix.

Plus vraiment un sujet de campagne en 2020

Au cours du dernier scrutin, la question de l’immigration a été largement éludée dans les débats pour laisser place à la gestion de la pandémie et les droits civiques aux États-Unis. La question n’intéresse plus vraiment au-delà des zones frontalières.

L’édifice représente également un enjeu environnemental. “Les barrières déjà existantes entre les Etats-Unis et le Mexique étaient conçues pour laisser passer les animaux. Elles n’ont pas été rénovées à l’identique mais sont bien plus opaques. Ça a eu pour conséquence de menacer des espèces de disparition, des paysages ont été dynamités. La nouvelle forme est donc plus destructrice que l’ancienne“, conclut Romain Houeix.

A ce jour, les travaux se poursuivent à frontière mexicaine mais on estime que seuls 5.5 km de frontière devraient être construits d’ici le 19 janvier, dernier jour du mandat de Trump.

D’ailleurs, Romain Houeix et Clément Brault publient “Le Rio Grande et la Frontière des USA – Mexique mis en scène”, un ouvrage retraçant l’histoire des tensions autour de cette frontière au cinéma.