Danemark : le débat sur les caricatures revenu sur le devant de la scène avec le meurtre de Samuel Paty

Au Danemark, à Copenhague comme dans le reste du pays, les attaques terroristes du 14 février 2015 contre une conférence intitulée « Art, blasphème et liberté d’expression », organisée en hommage aux victimes de l’attentat contre Charlie Hebdo, ont laissé un “douloureux” souvenir. L’assassinat de Samuel Paty perpétré en France relance néanmoins le débat sur qui doit endosser la responsabilité de montrer ou non ces caricatures, dans le but de défendre la liberté d’expression ou à titre pédagogique. Le Danemark avait fait une caricature du Prophète en 2005, et avait été qualifié d’islamophobe et reçu des menaces pour cela.

L’école, un lieu où se posent ces questions

Le président du Parti libéral a invité la communauté éducative à discuter de la liberté d’expression et des dessins du prophète de l’islam dans l’enseignement afin d’éviter que les enseignants ne soient « intimidés ».

Pour ne pas faire peser le risque sur les épaules des seuls professeurs, l’autre grand quotidien du pays, Politiken, propose même d’intégrer ces caricatures dans les programmes scolaires. Les élèves musulmans pourraient en être exemptés, mais cet enseignement serait tout de même abordé au motif que ces dessins font « partie de l’histoire du Danemark ».

Pour autant, le même quotidien refuse de publier de nouveau des représentations du prophète des Musulmans après s’être excusé de l’avoir fait en 2010. Quant au Parti populaire danois (nationaliste, anti-immigration), il va plus loin en exigeant de rendre un tel enseignement obligatoire, et ce dès le primaire.

Le président des chefs d’établissement, Claus Hjortdal, a essuyé une pluie de critiques, mardi 20 octobre en affirmant que ce n’était pas à l’école d’être en première ligne de ce combat. « Nous vivons dans une société où nous ne montrons ces images nulle part. Mais tout à coup, il devient important que nous le fassions à l’école », a-t-il critiqué. Il met par ailleurs en doute l’efficacité de cet enseignement s’il ne convainc pas les premières personnes concernées. « L’enseignement du professeur est un échec direct, si trois élèves quittent la classe parce qu’ils refusent d’entendre ce qu’il dit. »

Les syndicats étudiants se sont mêlés à l’affaire pour critiquer le manque de courage d’une telle position. « Nous avons des adultes effrayés par le conflit qui n’osent pas profiter de leur pleine liberté d’expression pour prendre la parole en classe », a dénoncé Esther Vyff, présidente de Danske Skoleelever, qui représente les élèves du Danemark, dans le journal en ligne Altinget.

La règle fixée : le discernement du professeur

Les réactions ont été particulièrement vives dans le monde des enseignants, alors qu’une enseignante de danois a reçu des menaces sur Facebook après avoir dit, en hommage à Samuel Paty, qu’elle utiliserait les dessins dans sa classe. Son post a depuis été retiré de peur que le pire n’arrive, et une plainte a été déposée.

Le président de l’Association des enseignants danois, Gordon Ørskov Madsen, renvoie de son côté au discernement de chacun, alors qu’au Danemark comme en France, les enseignants ont un programme obligatoire, mais le choix entre plusieurs contenus pour l’aborder. « C’est l’école et l’enseignant eux-mêmes qui doivent évaluer les approches et le matériel pédagogique à utiliser », a-t-il déclaré à l’agence Ritzau. « Ces choix doivent être faits sur la base d’évaluations professionnelles. »