France : le CCIF a été dissous par le Conseil des ministres sur demande de Gérald Darmanin

Ce mercredi 2 décembre, le Conseil des ministres de France a prononcé officiellement la dissolution du comité contre l’islamophobie (CCIF), en tant que « groupement de fait ». Il faut dire que l’association avait déjà, d’elle-même, mis la clé sous la porte pour contrecarrer cette procédure, elle avait pris de l’avance. 

C’est la quatrième organisation dissoute sur décision gouvernementale en un mois et demi, après le collectif Cheikh Yassine, Barakacity et les Loups Gris. Mettant à exécution sa menace du 19 octobre dernier, au lendemain de l’assassinat de Samuel Paty, Gérald Darmanin a obtenu la dissolution du Comité contre l’islamophobie en France (CCIF), prononcée ce mercredi en Conseil des ministres. 

Le ministre de l’intérieur Gérald Darmanin a rendu public le décret de quatre pages sur les raisons de cette dissolution, à paraître au Journal officiel jeudi. Trois reproches principaux s’en dégagent : la façon dont le collectif définit et utilise le concept d’islamophobie ; ses fréquentations « radicales » ; son inaction dans la modération des commentaires suscités par ses publications.

Le 19 novembre, une procédure contradictoire avait été lancée. Pendant huit jours, l’association a pu faire valoir ses observations, sans parvenir à en changer l’issue.

« Communiqué final » du CCIF, 27 novembre. © Capture d'écran
« Communiqué final » du CCIF, 27 novembre. © Capture d’écran

Entre les deux moments, le collectif créé en 2003 a répété sa position arrêtée en fin du mois d’octobre dernier : il a décidé de mettre un point final à ses activités en France. Pour ce faire, le CCIF a annoncé le déménagement de son siège à l’étranger et le transfert de ses actifs « à des associations partenaires qui se chargeront de prendre le relais de la lutte contre l’islamophobie à l’échelle européenne ». Il a, par ailleurs, procédé lui-même à la fermeture de sa structure associative basée en Seine-Saint-Denis, comme le confirme un avis de dissolution paru ce mardi 1er décembre au journal officiel des associations, la veille de la décision en Conseil des ministres, donc.

Ainsi, pour le CCIF, la procédure engagée contre lui devenait, par là-même, « sans objet » et aurait dû s’éteindre. Mais le gouvernement a tenu à avoir le dernier mot : son décret précise que même si l’association n’existe plus, le CCIF fait l’objet d’une dissolution en tant que « groupement de fait » (c’est-à-dire à un collectif sans forme associative).

La semaine dernière, le CCIF a égrené sur son compte Twitter et sur son site ce qu’il a présenté comme « des éléments infondés, biaisés ou mensongers » extraits du projet initial de dissolution adressé par le ministère de l’intérieur, dont Mediapart (qui a enquêté là-dessus) n’a pas la copie intégrale. Depuis le début de cette procédure, le CCIF s’est montré plutôt énigmatique dans sa communication, choisissant de s’exprimer uniquement sur son propre site internet. Celui-ci a été désactivé depuis, de même que ses comptes sur les réseaux sociaux, entraînant la disparition de dix-sept ans d’archives.

Réponses du CCIF au projet de dissolution, sur son site internet. © Captures d'écran
Réponses du CCIF au projet de dissolution, sur son site internet. © Captures d’écran

Manifestement certains points critiqués par le CCIF n’ont pas été repris dans le décret définitif. C’est le cas, par exemple, de la phrase selon laquelle le fondateur du collectif Cheikh Yassine, Abdelhakim Sefrioui aurait été trésorier du CCIF, ce qui est faux. Ou du passage où le ministère de l’intérieur qualifiait Abdallah Zekri, du CFCM, de « prédicateur salafiste ». Si l’on se fie aux extraits précédemment diffusés par le CCIF, ces phrases ont disparu, d’autres ont été amendées.