France: William Marx, professeur au Collège de France, dénonce “l’allergie nationale au fait religieux”

Dans une tribune qu’il a écrite et qui a été publiée dans les pages du journal Le Monde, le professeur au Collège de France William Marx n’y est pas allé par quatre chemins pour nous faire part de son opinion en matière de traitement du fait religieux par l’Etat français et la société française de façon plus générale. Il dit qu’il y a une “allergie nationale au fait religieux” dans ce pays.

“Est-il opportun d’afficher dans l’espace public, comme cela a été le cas à de Toulouse et à Montpellier, des images moquant les religions, s’interroge, dans une tribune au « Monde », se demande le professeur au Collège de France, William Marx. Or de la société française, des chefs d’Etats comme Trudeau, ont pensé que cela ne l’était pas car il s’agissait de s’en prendre une nouvelle fois à une communauté déjà sujette à de nombreuses discriminations.

William Marx a commencé son questionnement comme ceci. Pour lui, il y a une : “(…) difficulté congénitale de la République à donner une place au fait religieux, toutes confessions confondues, comme si les religions constituaient en soi une menace contre la paix civile. Les raisons historiques de ce malaise remontent, au-delà de la Révolution, à la querelle gallicane. Nos voisins européens n’ont pas ces mêmes préventions. L’église est chez nous moins sacrée que l’école.” Cela va pour bien au-delà des attentats proprement dits.

Charlie Hebdo et délicatesse pédagogique

William Marx fait appel à davantage de délicatesse pédagogique. Il écrit : “Ainsi, le 21 octobre, en réponse à l’assassinat du professeur Samuel Paty, les hôtels de région de Toulouse et de Montpellier projetèrent sur leur façade des caricatures de Charlie Hebdo visant les religions, notamment l’islam. Certains voudraient afficher ces caricatures sur tous les établissements scolaires“.

Garder sa raison face au drame

William Marx écrit : “Dans toute cette affaire, il convient de raison garder. Lorsqu’un enseignant est sauvagement assassiné dans l’exercice de ses fonctions, on peut comprendre qu’avec l’émotion générale la première réaction soit d’affirmer une résistance absolue contre toutes les intimidations et tentatives de restriction de la liberté d’expression. L’intention est légitime. Le moyen l’est moins : est-il opportun d’afficher dans l’espace public, et a fortiori sur des bâtiments officiels, en guise d’étendard, des images tournant en dérision les religions et susceptibles de choquer les fidèles ?”

Il ajoute enfin : “La fidélité que nous devons à la mémoire de ce professeur exemplaire passe par une meilleure compréhension de la nature et de la fonction des caricatures. Il ne s’agit pas d’images neutres, mais d’armes à visée satirique et polémique. Comme le comique et l’ironie, la caricature n’est compréhensible que dans le cadre d’une communauté qui en partage les codes symboliques et les attendus idéologiques. En dehors de ce cadre, elle apparaîtra nécessairement déplacée, voire offensante et agressive“.