Covid : un immunologue belge pense que “le rôle des enfants dans la pandémie est étrange”

Hans-Willem Snoeck est un immunologue belge. Il est par ailleurs lié à l’université de Columbia à New York et il a remis en cause une croyance qui selon lui n’a pas vraiment lieu d’être, ou en tout cas qu’il ne faut pas considérer comme acquise. Ce dernier pense en effet que les écoles sont un facteur sous-estimé dans la propagation du covid.

Dans l’émission de la VRT Terzake, il a dit : “Nous avons toujours pensé que les enfants de moins de dix ans n’étaient pas un problème. Mais, c’est là que l’on constate la plus forte augmentation en ce moment, ce qui me surprend énormément. Nous n’en savons pas grand-chose, mais il y a quelque chose d’étrange sur le rôle des enfants dans cette pandémie.”

Par ailleurs, Yves Van Laethem et Steven Van Gucht l’ont déjà évoqué à la conférence de presse du Centre national de crise ce mercredi 16 décembre : le nombre d’infections augmente actuellement dans toutes les tranches d’âge, mais l’augmentation  la plus forte se situe chez les enfants de moins de dix ans (à hauteur de plus de 34%).

Le chiffre de cas parmi les jeunes en âge de fréquenter l’école secondaire reste inférieur à celui des enfants de moins de douze ans. Les examens de Noël pourraient expliquer ceci, car les jeunes ont eu moins de contacts. “Il y a plus d’infections chez les enfants et cela dure depuis quelques semaines maintenant”, a expliqué le virologue Snoeck mercredi soir dans Terzake. “Mais cela ne représente qu’un faible pourcentage du nombre total d’infections.”, explique le docteur Snoeck.

Ces chiffres de contaminations chez les enfants sont multifactoriels

La hausse des chiffres de la Covid-19 à laquelle nous sommes confrontés aujourd’hui a de nombreuses explications. “C’est énormément multifactoriel”, reprend l’immunologue Hans-Willem Snoeck. “Nous avons toujours pensé que les enfants de moins de dix ans n’étaient pas un problème. Mais, c’est là que l’on constate la plus forte augmentation en ce moment, ce qui me surprend énormément”. 

Selon lui, les écoles sont un facteur sous-estimé dans la propagation du coronavirus. “Nous n’en savons pas grand-chose, mais il se passe quelque chose d’étrange avec les enfants”, ajoute le médecin. “En mars et avril, il n’y a eu pratiquement aucune infection chez les enfants. Le 17 mars, toutes les écoles ont fermé, et presque aucune n’a ouvert en mai. Puis sont venues les vacances d’été. À la fin de celles-ci, le nombre d’infections a commencé à augmenter chez les enfants. Le deuxième pic et le dépassement du pic n’ont eu lieu que pendant les vacances d’automne. Après les vacances d’automne, l’augmentation a recommencé chez les enfants, et le reste de la population a suivi”, pousuit-il. “Je pense que nous commençons à voir que les enfants sont un “moteur auxiliaire” de la pandémie.”

La mobilité

“Je pense que nous commençons à voir que les enfants sont un ‘moteur auxiliaire’ de la pandémie”, affirme l’immunologue. “Si on met à l’arrêt les gros moteurs, on commence à voir l’effet des moteurs auxiliaires. Et je pense que si nous n’arrêtons pas tous les moteurs et les moteurs auxiliaires, nous allons revenir à un pic exponentiel. Nous n’en sommes qu’au début et dans une ou deux semaines, nous serons à nouveau surpris par la vitesse à laquelle elle va augmenter, sauf si nous pouvons la renverser”.

Hans-Willem Snoeck souligne qu’il ne s’agit pas seulement des infections dans les écoles, mais de tout ce qu’elles mettent en mouvement. “Les écoles font circuler chaque jour 1,4 million de personnes en Flandre, ce qui signifie une grande mobilité”.

La rentrée universitaire pointée du doigt

Steven Van Gucht n’est que partiellement d’accord avec l’analyse de son collègue. “Si nous regardons ce qui s’est passé en septembre, nous pouvons voir que les chiffres ont commencé à augmenter progressivement. Cela est dû en partie au retour des vacanciers et probablement aussi à l’ouverture des écoles”. Il ajoute : “Mais ensuite, on a eu une stabilisation à la fin du mois de septembre et c’était étrange, car les écoles étaient toujours ouvertes.  En octobre, il y a soudainement  eu un rebond. Nous pensons que le début de l’année universitaire a encore catalysé le problème, les étudiants universitaires étant une population très mobile”, indique-t-il. “Vous ne pouvez pas expliquer correctement la stabilisation fin septembre si elle est purement impulsée par les écoles primaires et secondaires”.

L’immunologue Hans-Willem Snoeck intervenant sur le plateau de Terzake (VRT), en néerlandais – VRT (Copyright)

“Un choix politique”

Steven Van Gucht confirme que l’éducation provoque une énorme mobilité et aussi beaucoup de contacts. Il dit : “Bien sûr, vous payez le prix au niveau des chiffres. Il n’y a pas d’autre moyen. Payer ce prix a été un choix politique et social”.

Le virologue souligne qu’en chiffres absolus, les enfants ne sont encore que très peu infectés. “C’est actuellement 4 % du nombre total d’infections. Cette tranche concerne beaucoup moins de cas symptomatique que dans les groupes d’âge plus élevés”. Il souligne également que les écoles qui sont ouvertes respectent bien les mesures de sécurité: “Cela nous permet de réduire les risques”.

Vers une fermeture des écoles jusque fin janvier ?

L’expert pédagogique Dirk Van Damme soutient la proposition du docteur Snoeck de fermer les écoles jusqu’à la fin du mois de janvier. “J’ai longtemps hésité, et je pense que c’est terrible, mais j’ai peur qu’il ait raison. Si nous ne fermons pas les écoles, nous échouerons avec une troisième vague avant la fin de la deuxième”, écrit le directeur du Centre de l’OCDE pour la recherche et l’innovation dans l’enseignement.