Mawda : l’avocate générale est plus féroce avec le chauffeur et le passeur qu’avec le policier tueur

Le dessinateur Manu Scordia est revenu sur l’affaire Mawda, dont l’audience a commencé il y a quelques jours au tribunal de Mons (Belgique). Mawda, c’est cette petite fille qui s’est faite tirer dessus par un policier, la tuant de ce fait d’une balle en pleine tête. Elle était à bord d’une camionnette de réfugiés qui tentaient de passer la frontière anglaise. Le policier ayant tué Mawda être bien mieux traité par la justice que le passeur et le conducteur de la camionnette, bien que ces deux hommes n’aient tué personne. Manu Scordia a dénoncé ce deux poids deux mesures.

Le dessinateur Manu Scordia a écrit sur son mur Facebook ce 10 décembre dernier : “Plusieurs des personnes ayant assisté au procès du meurtre de la petite Mawda retiendront surtout le traitement crapuleux qui fut réservé aux deux Irakiens se trouvant dans le box des accusés, à savoir le présumé chauffeur de la camionnette et le présumé passeur. La deuxième séance de ce procès, le 24 novembre, a débuté par cette “anecdote” : le présumé chauffeur était en pantoufle et vêtements de nuit. Il n’avait pas eu l’occasion de se changer. Il dira à la cour : “Cela fait des mois qu’on me rabaisse de toutes les façons. Ca fait un mois que je demande un médecin parce que j’ai des lésions sur tout le corps. Ca fait 8 jours que je n’ai pas pu me laver”.

Manu Scordia dénonce également les conditions de détention du présumé chauffeur : “Lors de la première reconstitution des faits en juin 2019, il portait un masque car il y avait une épidémie de rougeole à la prison de Lantin. Il n’avait pas mangé depuis deux jours. Non seulement la peine qui est requise contre ces deux hommes est extrêmement lourde (10 ans et 7 ans contre un an avec sursis pour le policier qui a tué Mawda) mais après écoute des plaidoiries de leurs avocats, il semble très probable qu’ils sont innocents des faits dont on les accuse.

“Une année en prison en Angleterre, ça ne compte pas” pour l’avocate générale

Le dessinateur belge ajoute qu’il ne faut pas oublier la présomption d’innocence pour le chauffeur et le présumé passeur et déclare par ailleurs : “Lorsque l’avocat du chauffeur a évoqué le fait que son client était déjà en détention préventive depuis deux ans et demi (ce qui est déjà beaucoup trop pour des faits dont il n’est pas coupable), l’avocate générale a trouvé très important de rectifier : “non, pas deux ans et demi ! Un an et demi ! Car sa première année de détention s’est passée en Grande-Bretagne et donc ne nous concerne pas !”. On a ici un exemple très concret de déshumanisation : ce qui compte, c’est le temps de détention qu’il a passé sous notre juridiction. Peu importe que cet homme ait déjà perdu un an de sa vie en détention en Grande-Bretagne pour des faits dont il est peut-être innocent.

Il évoque également l’affaire Ali Aarrass : “Même quand Ali Aarrass a été arbitrairement condamné à 12 ans de prison au Maroc, les deux années déjà passées en détention en Espagne ont été prises en compte.” et il ajoute, au sujet du présumé chauffeur de la camionnette où se trouvait Mawda : “Quand il a eu la parole, le présumé chauffeur a voulu faire part de son parcours douloureux : son départ du Kurdistan Irakien avec la femme qu’il aimait, mariée de force à un autre homme, leur fuite vers la Turquie pour essayer de joindre l’Europe. La disparition de son aimée, enceinte de lui, enlevée par les trafiquants…

La juge a eu un comportement pour le moins déplacé et a coupé la parole à l’homme. Manu Scordia raconte à ce sujet : “la juge manifestement pressée de rentrer chez elle, l’interrompt: “tout ça n’a rien à voir dans le dossier. Pouvez vous en venir au fait s’il vous plait”. Le policier qui a tué Mawda avait pourtant eu tout le loisir, lui, de s’épancher sur son passé de fils d’immigré portugais, son père venu travailler dans les mines, etc… sans que personne ne s’autorise à l’interrompre pour le faire revenir au dossier le présumé chauffeur insiste pour pouvoir terminer. La juge décide donc de suspendre l’audience puis le laisse terminer tout en l’interrompant à plusieurs reprise pour lui demander d’abréger. Pareil pour le présumé-passeur. Puis l’audience est suspendue.”

La date du verdict des cas des présumés passeur et chauffeur est fixée pour le 12 février 2021. Manu Scordia termine son post en disant son amertume : “Ces deux hommes qui risquent 7 et 10 ans de prison n’auront été autorisés à prendre la parole que quelques minutes au cours de leur procès, cette sinistre farce, reflet du racisme d’Etat et du cynisme le plus écoeurant.