Affaire Mawda : “Les policiers ont voulu cacher qu’elle était morte par balle” a dit l’avocate

Maitre Selma Ben Khelifa, avocate des parents de la petite Mawda Shawri, a plaidé ce lundi 23 novembre, devant le tribunal correctionnel du Hainaut division de Mons. Elle a entre autres choses rappelé que les policiers ont voulu cacher que Mawda était morte par balle et elle a qualifié leur comportement cette nuit-là d’inhumain, dégradant et raciste. Avec éléments le démontrant.

Selma Ben Khelifa a raconté l’histoire de cette petite fille tuée d’une balle dans la tête, lors de la course-poursuite qui s’est déroulée sur l’autoroute E42, la nuit du 16 au 17 mai 2018.

Cette poursuite a duré une demi-heure environ. Peu avant Mons, une autre voiture de police, venant de Mons, a pris en chasse le véhicule. Le policier, prévenu d’homicide involontaire, se trouvait sur le siège passager. « Il a chargé son arme, l’a sortie et il a tiré. Cela s’est passé extrêmement vite, entre 2h01 et 2h02 et 37 secondes. Contrairement aux policiers de Namur, il n’était pas stressé par une longue course-poursuite. Il savait qu’il y avait des migrants, dont des enfants. Depuis les opérations Médusa, ce policier est régulièrement confronté à la poursuite de migrants. Le même jour, des migrants lui avaient d’ailleurs échappé », dit encore Me Ben Khelifa.

Contradiction des policiers dans leurs récits

En outre, le policier qui a tué Mawda est d’ailleurs contredit par son coéquipier dans la manipulation de son arme. « Il dit qu’il aurait chambré l’arme dans un second temps alors que son coéquipier dit qu’il a pris la décision de chambrer son arme presque immédiatement », a rappelé Selma Ben Khelifa à l’audience.

Une poignée de secondes après le coup de feu, la camionnette s’est immobilisée sur un parking. Les policiers ont ouvert la porte latérale et le papa de Mawda a montré son enfant couvert de sang. « La maman a raconté que les policiers étaient armés et les menaçaient de faire un pas de plus en avant, comme si nous étions des terroristes, dira-t-elle », dit encore Me Ben Khelifa.

L’ambulance est arrivée à 2h17 et est repartie à 2h32. Les parents n’ont pas été autorisés à entrer dans l’ambulance. « Une policière a empêché la maman de suivre sa fille, en la tirant par les cheveux », rappelle l’avocate dans la salle d’audience.

Entre 2h03 et 2h50, tout le monde est resté agenouillé sur un parking. « Aucune prise en charge psychologique n’a été prévue alors que plusieurs policiers ont qualifié le papa d’hystérique. Ils l’ont placé en détention, avec sa femme et leur petit garçon âgé de quatre ans dont personne ne parle dans le dossier alors qu’il est resté muet durant plusieurs jours », poursuit Me Ben Khelifa. C’est en détention qu’ils apprendront la mort de leur fille.

« L’organisation collective d’un mensonge »

L’avocate regrette qu’une cellule psychologique a été mise en place « uniquement pour les policiers ». Me Ben Khelifa use du mot « déshumanisation » pour décrire cette nuit tragique. « Les mineurs ont été remis en liberté sans respecter la loi. Il y avait deux Afghans de 14 ans qui étaient traumatisés et à qui on a dit de partir, de ne pas rester en Belgique ».

Relâchée après 24 heures, la maman de Mawda avait encore son tee-shirt taché du sang de sa fille. « C’est inhumain, dégradant et raciste ! », estime l’avocate qui ajoute qu’un policier a comparé la victime à un sac-poubelle car Mawda ne bougeait plus.

L’avocate se demande comment un enterrement, prévu le lendemain à Mons, a pu être organisé aussi vite. « Les policiers ont voulu cacher qu’elle était morte par balle, préférant dire qu’elle avait été balancée du véhicule. C’est l’organisation collective d’un mensonge ».