Vaccins contre le Covid : quelle est la place de Bill Gates dans la recherche ? (VIDÉO)

La recherche pour l’éradication du covid bat son plein en ce moment, dans tous les pays de la planète. Il faut dire que celui qui trouvera le vaccin en premier et qui pourra le commercialiser est certain d’engranger des bénéfices considérables. Dans ce cadre, la place de Bill Gates et de sa fondation pose certaines questions. Il est en effet très actif dans le financement pour la recherche médicale, notamment pour le vaccin du covid. Le journal Mediapart s’est penché sur la question dont voici quelques éléments qu’ODP news transmet.

C’est connu, le milliardaire Bill Gates, ex-patron de Microsoft et qualifié aujourd’hui de philanthrope, est aujourd’hui un financeur centraldes instances de décision des politiques mondiales de santé. Il a organisé quelques concerts et événements dans le but de récolter des fonds pour la recherche. Et ces temps-ci, c’est le covid et ses vaccins qu’il a dans le viseur… actualité sanitaire oblige.

D’où viennent les rumeurs que Bill Gates aurait créé la crise du Covid ?

Bill Gates, ancien patron de Microsoft devenu philanthrope, est actif notamment dans le secteur de la santé. Il a pu être dit ici ou là, nous dit Mediapart, que ce dernier “aurait créé le virus en laboratoire pour commercialiser un vaccin, contrôler la population à l’aide de puces électroniques intégrées dans le sérum, et même organiser un génocide sanitaire“… D’où viennent ces rumeurs complotistes qui ont fait leur nid pendant la crise du Covid-19 ?

Une vidéo semble à l’origine de ces théories complotistes et les a assez alimentées. C’est ce que nous apprend Mediapart. La conférence TED donnée par Bill Gates en 2015, mettant en garde contre le manque de préparation face au « plus grand risque de catastrophe mondiale », celui d’« un virus hautement contagieux », a été vue plus de 36 millions de fois. Il aurait donc fait en sorte que sa prophétie s’autoréalise… Vous pouvez activer les sous-titres français en cliquant sur le bouton dédié de la barre de lecture”, lit-on dans un article du média français.

Une base véridique : la fondation Gates finance le Gavi, 3ème contributeur à l’OMS

Il est vrai, il faut le dire, que le milliardaire est devenu un financeur incontournable des instances de décision des politiques mondiales de santé depuis la création de la fondation Bill & Melinda Gates en 2000, deuxième plus grande fortune mondiale d’après le magazine Forbes.

Il faut savoir aussi, dit Mediapart, que “le troisième contributeur de l’OMS est le Gavi, l’Alliance pour les vaccins. Et que par ailleurs : “la fondation Gates représente elle-même, devant les États-Unis, la principale source de financement de cette organisation publique-privée : elle apporte près de 20 % des contributions, contre près de 12 % pour les États-Unis et 5,5 % pour la France, par exemple“.

En outre, la fondation Gates est une source majeure de financement de la Coalition for Epidemic Preparedness Innovations (CEPI). Et le CEPI est troisième et dernier décideur incontournable de la politique vaccinale mondiale. “Car les Gates sont de fervents défenseurs de la vaccination. Les programmes œuvrant à développer cette solution préventive sont donc largement abreuvés par leurs dollars”, nous apprend Mediapart, “une incroyable source de données, celle du groupe de réflexion Policy Cures Research, recense les efforts financiers en R&D contre le Covid-19. Mais à y regarder de plus près, même les tableaux et graphiques interactifs sont signés Microsoft ! Le « groupe de réflexion indépendant reçoit des fonds de la fondation Bill & Melinda Gates, entre autres sources », précise Policy Cures Research à Mediapart“. La fondation du milliardaire est partout dans le secteur de la santé.

Pourquoi tant investir dans la santé ?

« L’avenir de la santé se trouve dans l’intelligence artificielle avec l’émergence d’outils de diagnostic. Microsoft aura un temps d’avance pour se positionner sur ces marchés. Deux mondes qui paraissent éloignés a priori sont en train de se rapprocher », a précisé Pauline Londeix, cofondatrice de l’Observatoire de la transparence dans les politiques du médicament dans une interview de Mediapart.

Pauline Londeix déxlare : « La défense de la propriété intellectuelle et les lois qui régissent les brevets favorisent les monopoles. Elles empêchent d’autres acteurs de copier ces produits, que cela soit des logiciels ou des médicaments dans le but de fabriquer des génériques à des tarifs moins élevés ».

Quant à lui le service communication de la fondation rétorque : « La fondation Bill & Melinda Gates est une fondation privée à but non lucratif et tous ses capitaux sont utilisés à des fins caritatives. C’est une entité distincte de Microsoft ». Mediapart écrit qu’en mars, “Microsoft a effectivement annoncé que Bill Gates quittait le conseil d’administration du groupe qu’il a fondé en 1975 avec Paul Allen pour consacrer plus de temps à la philanthropie. Bill Gates avait d’ores et déjà quitté la direction de Microsoft en 2008 pour s’impliquer davantage dans sa fondation“.

La fondation Gates dit au contraire, toujours d’après Mediapart, qu’elle « s’efforce de rendre les médicaments accessibles à tous. Tout produit de santé qui a bénéficié d’un financement de la part de la fondation pour son développement doit être mis à la disposition des pays en voie de développement à un prix abordable, à haut niveau de qualité, dans des volumes suffisants et dans les meilleurs délais ».

Derrière les stars de Global Citizen, des intérêts financiers ?

Ce qui est certain et authentifié, c’est que les firmes bénéficient d’une position de force du fait des lois de propriétés intellectuelles qui leur assurent un monopole le temps que court le brevet : pendant vingt ans, les industriels pharmaceutiques peuvent négocier des tarifs élevés pour leurs nouveaux traitements, jusqu’à l’arrivée de la concurrence des génériques, les copies des médicaments de marque.

« Nous avons besoin de tout le monde à bord. Je viens de recevoir un message qui indique que Madonna a annoncé une contribution de 1 million d’euros pour aider à lutter mondialement contre le coronavirus. Cela montre que la réponse mondiale doit également inclure la société civile et la communauté mondiale des citoyens. Pour cette raison, nous unissons nos forces aux ONG. Nous travaillerons avec Global Citizen et d’autres partenaires », avait conclu dans son discours, le 4 mai, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen.

Les personnalités investies, vectrices de ces messages sous-jacents, savent-elles elles-mêmes ce qu’est vraiment Global Citizen ? Derrière les paillettes, qui se cache derrière cette organisation qui occupe à présent un rôle de premier plan dans le financement de solutions à la crise sanitaire et de lobbying auprès de la Commission européenne et de l’OMS ?

Le « mouvement de citoyens » est surtout un rassemblement des plus grandes fortunes mondiales. Parmi ses partenaires financiers principaux, un regroupement éclectique d’entreprises directement intéressées par le marché de la santé comme les laboratoires pharmaceutiques Johnson & Johnson ou Reckitt Benckiser, mais aussi des industriels comme P&G (Pampers, Ariel, Mr Propre, Gillette, dispositifs médicaux de diagnostic, médicaments), Weight Watchers, des banques, des acteurs de l’événementiel comme des géants de l’informatique, des télécommunications, de l’audiovisuel ou de la communication (Havas, Universal Music, etc.), des multinationales de produits de beauté…

« Ce qui est inquiétant, c’est que Global Citizen n’a pas d’expérience dans le mouvement de l’accès aux médicaments dont les poids lourds semblent avoir été laissés de côté. Habituellement, les ONG plaident pour un accès universel et équitable aux vaccins en demandant une exemption du système de brevet. Avec Johnson & Johnson parmi les décideurs chez Global Citizen, les prises de position sont forcément différentes », analyse Bryn Gay, spécialiste des politiques d’accès aux traitements du think tank Treatment Action Group. Et de rappeler les difficultés à obtenir des baisses de prix des traitements antituberculeux auprès du numéro un mondial de la pharmaceutique Johnson & Johnson et sa condamnation pour sa responsabilité dans la crise des opioïdes aux États-Unis.

Bill Gates et sa fondation au CA de Global Citizen

« L’industrie pharmaceutique a tout intérêt à s’associer à Global Citizen dans l’optique de détourner l’attention de ses pratiques de tarification et d’évasion fiscale, alors que ses impôts auraient pu permettre de financer la R&D du Covid-19 », poursuit l’expert. Les pratiques fiscales de Johnson & Johnson, Abbott, MSD et Pfizer auraient par exemple privé les États-Unis de 2,3 milliards de dollars d’impôts entre 2013 et 2015, selon l’ONG Oxfam, ce dont les quatre mastodontes pharmaceutiques se défendent.

Parmi ceux qui siègent au conseil d’administration de Global Citizen, il y a un représentant de la fondation Bill & Melinda Gates. Ces cinq dernières années, la fondation du couple Gates, toujours elle, a versé près de 32 millions d’euros à ce « mouvement de citoyens ».

Tout cela est donc très bien huilé. Toutefois, les théories complotistes vont parfois dans toutes les directions et détournent des informations vérifiables comme celles fournies par Mediapart et qui vous sont retransmises ici par ODP news.